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Algérie - Maroc : Quand le business ouvre la frontière !


Lundi 6 Février 2012

La frontière algéro-marocaine sera-t-elle rouverte prochainement ? Les déclarations empreintes de «signaux positifs» émanant des plus hautes autorités des deux côtés de la frontière se multiplient. Maghnia attend depuis 18 ans la levée tant attendue des barrières dressées sur son poste frontalier.



Algérie - Maroc :       Quand le business ouvre la frontière !

Sur le poste frontalier Akid Lotfi, à une dizaine de kilomètres de Maghnia, il règne un calme plat. Un calme qui dure depuis 18 ans ! Les barrières sont fermées. Aucun signe ne préfigure d’une imminence de la réouverture de la frontière.
  Depuis quelques années, la moindre opération d’entretien des édifices publics est aussitôt interprétée comme un signe d’ouverture imminente de la fameuse frontière. Il suffit que des agents nettoient, passent une couche de peinture, taillent les arbustes ou effectuent un anodin désherbage, que cela est interprété à tort comme un signe de l’imminence de l’ouverture de la frontière. «Ce ne sont que des rumeurs.

 

   Moi je n’y crois pas, depuis le temps qu’on en parle», dit, résigné, un habitant de Akid Lotfi, tout petit village plat constitué d’un pâté de maisons séparées par un asphalte poussiéreux. D’ici l’on aperçoit le drapeau marocain. Le royaume est à peine à quelques centaines de mètres d’ici. «Ici, la majorité de la population souhaite évidemment la réouverture de la frontière», affirme Adel, chauffeur de taxi.

 

   «Si les frontières étaient rouvertes, il y aurait plus de travail. Le tourisme à destination du Maroc boostera le commerce à Maghnia. Tout le monde sera content», dit Adel au volant de sa vieille Peugeot. «Moi, je suis contre la réouverture, car, il y aurait un rush sur les produits subventionnés comme le lait et le pain», dit, de son côté, un habitant du village. «Ceux d’ici qui sont contre la réouverture des frontières sont une minorité qui a des intérêts en tirant des ficelles des activités informelles», insiste Adel.

 

   «Si la frontière était rouverte, il y aurait plus de rentabilité pour les commerces qui tireront profit des escales des touristes qui se rendraient au Maroc. Ces derniers s’acquitteront, d’ailleurs, d’une taxe de sortie du territoire qui alimentera la caisse de la Maghnia», explique le chauffeur.

«Les pays du Maghreb doivent instaurer une monnaie unique», souhaite le jeune conducteur. «La fermeture de la frontière n’arrange que les contrebandiers», estime un commerçant de Maghnia. Chef-lieu deيdaïra à vocation agricole (connu notamment pour la culture de la pomme de terre, de la pastèque et du melon), Maghnia tire essentiellement profit de sa proximité avec le tracer frontalier qui lui a fait naître une âme éminemment commerciale. Conséquence : la population a triplé en deux décennies.

 

 Aujourd’hui, cette immense cité compte près de 250 000 âmes. Elle a attiré des Algériens venus, ces dernières années, des 48 wilayas. L’informel occupe une place prépondérante dans l’économie locale. «Peu de chômeurs sollicitent l’Ansej et la CNAC pour lancer leurs projets. Ils préfèrent plutôt se lancer dans le business informel», souligne un cadre habitant Maghnia.

 

 

  «En 1988, la frontière a été rouverte. Mais les beaux jours n’ont duré que six courtes années», déplore, nostalgique, le chauffeur de taxi. Il faut prendre un avion pour se rendre au royaume chérifien. Pour autant, les liens avec l’autre côté de la frontière n’ont jamais été rompus en dépit des barrières frontalières. «Beaucoup achètent un billet d’avion ouvert sur une année, entrent par avion au Maroc, puis au retour, ils empruntent, illégalement, la voie terrestre. Ainsi, ils font des allers-retours autant qu’ils souhaitent, et, en cas de contrôle par la police, ils montrent le billet d’avion et le passeport sur lequel est apposé le sceau d’entrée sur le territoire marocain», relate un habitant. 

 

Tout le monde sera gagnant  

Les économistes sont unanimes : «La réouverture des frontières sera bénéfique à l’économie et aux populations des deux pays». Le maintien de la fermeture n’a aucun sens, car il ne se repose sur aucun argument économique qui tient la route. «Economiquement, on ne gagnera pas plus, certes, mais on ne perdra pas plus ce que l’on perd actuellement, non plus», affirme Bachir Souleimane, enseignant à l’université d’Oran. «Le Maroc gagnerait des parts de marché dans le tourisme, en détriment notamment de la Tunisie», poursuit cet universitaire.

 

    Le Maroc tirerait, certes, plus profit de l’ouverture des frontières en vendant des biens de consommation aux Algériens. Mais un tel marché est insignifiant par rapport aux près de 50 milliards de dollars que dépensent les Algériens, chaque année, dans les importations des équipements et des biens de consommation. La fermeture des frontières avec le Maroc n’a pas empêché l’Algérie d’importer pour 50 milliards de dollars de marchandises, chaque année.

 

   Rouvrir le marché avec le Maroc ne va pas faire exploser cette facture. Et pour cause, les échanges inter-maghrébins ne dépassent malheureusement pas les 3% de la facture de chacun des pays de l’UMA. Les échanges entre l’Algérie et le Maroc ne dépassent pas les 580 millions de dollars. Le Forum des chefs d’entreprises (FCE) avait évalué, il y a six ans, le manque à gagner découlant de la désunion des pays du Maghreb à 2 points de croissance du PIB en perdition, soit 20 milliards de dollars, chaque année, pour chaque pays du Maghreb. 

 

La technologie défie les frontières

«Maroc télécoms vous souhaite la bienvenue.» Ce court message électronique, vous pouvez le recevoir sur votre téléphone portable dès que vous vous éloignez d’à peine six kilomètres à l’ouest de Maghnia. Les nouvelles technologies défient les frontières. Le réseau Internet marocain est aisément capté à Maghnia. «Le débit est plus puissant que le net algérien et l’accès est moins cher. De plus en plus de particuliers de Maghnia achètent des clés de connexion internet marocaines», indique un habitant de la région. La frontière est officiellement fermée, mais cela n’a pas empêché la circulation illégale des biens et des personnes de continuer de plus belle. Les Algériens n’exportent pas beaucoup de produits.

 

   Les «fuites» vers le pays voisin concernent essentiellement les produis subventionnés à l’image du carburant, notamment le gazole, les laitages et de la semoule. La contrebande exporte également le cuivre et les cigarettes. Les sodas (l’Exquise et Hamoud Boualem) et les ustensiles de cuisine algériens sont aussi prisés de l’autre côté de la frontière. Dans le sens inverse, le narcotrafic fait fureur.

 

   Aussi, beaucoup de produits traversent la frontière et atterrissent dans le circuit commercial légal à Maghnia : les alcools, les produits agricoles, à l’image d’olives de table et des oranges, les fruits secs, le sucre (proposé à 60 DA le kilo), les médicaments qui sont en proie aux pénuries récurrentes, à l’image notamment des contraceptifs, quelques produits carnés comme le foie, les téléphones portables, les jeans et les robes, les djelabas… Bref, le marché de Maghnia ne diffère en rien de celui d’Oudjda...

 

   Beaucoup s’approvisionnent de l’autre côté de la frontière. Il suffit de faire le change chez le cambiste du coin (il faut 80 DA algériens pour avoir 1 dirham marocain) pour aller faire ses emplettes au Maroc. C’est simple : c’est que les produits marocains sont compétitifs. En dépit des aides publiques, certains produits agricoles algériens n’arrivent pas à être compétitifs tant en prix qu’en qualité par rapport aux produits marocains. Autre élément : de plus en plus d’exploitants d’oliveraies de la région de Maghnia font appel à des agronomes marocains.

 

   La main-d’œuvre marocaine est aussi qualifiée. Les ouvriers agricoles et les agronomes marocains ont acquis un savoir-faire, notamment après avoir travaillé dans les champs en Espagne. Aussi, les artisans du bâtiment affluent en masse à Maghnia. «On leur fait appel même pour la réalisation des équipements publics, mais pour travailler en noir. C’est un système hypocrite. Pourquoi ne pas les autoriser à travailler légalement. De telle sorte, ils transmettront ce savoir-faire aux Algériens», critique un fin observateur de la région.

 

   Les Algériens sont habitués au business du trabendo. De plus en plus de jeunes refusent de travailler comme ouvriers à 800 DA, préférant plutôt gagner 10 000 DA par jour dans le trafic de carburant», explique ce connaisseur de la région.

 

La contrebande de carburant explose   

  A la sortie de Tlemcen, une interminable file de voitures est imposante sur toutes les stations de carburant. «En majorité, ce sont des helaba, (terme désignant les trafiquants de carburant) qui font la chaîne», dit le chauffeur de taxi. A l’extrême ouest du pays, l’exportation illégale de carburant est un véritable phénomène de société. Il y a quinze jours, un bus acquis à la faveur du dispositif Ansej a été intercepté par des douaniers. Le chauffeur est interpelé en flagrant délit de trafic de carburant.

 

  Au total, près d’un million et demi de litres de carburants ont été saisis, en 2011, par les gendarmes et les douaniers. Le nombre de litres de carburant exportés illégalement est inestimable. Pas moins de 5000 gendarmes sont déployés tout au long de l’axe frontalier. Les douaniers, quant à eux, sont beaucoup moins dotés en moyens humains et matériels. Leur effectif ne dépasse pas les 200 agents. Leur tache est immense.

Le trafic est juteux. «Un helab gagne jusqu’à 10 000 DA par jour.

 

   Les transporteurs poids lourds font jusqu’à 30 000 DA de recettes par jour en acheminant le gazole», révèle un observateur. «Des transporteurs poids lourds, poursuit ce dernier, viennent par exemple de Kabylie et d’ailleurs pour s’installer en famille à Maghnia et y travailler dans le trafic de carburant», relate un habitant. Un nombre inestimable de personnes issues des quatre coins du pays exercent à l’ouest du pays comme des helaba.

 

  Ce business lucratif a explosé ces dernières années. Le carburant est stocké dans des jerrycans qui seront par la suite acheminés de l’autre côté de la frontière à dos d’âne. Un jerrican de 20 litres de gazole acheté dans la station d’essence à 400 DA est revendu près du tracé frontalier à 1400 DA. En parallèle à la contrebande, le narcotrafic sévit également. Gendarmes et douaniers font souvent des prises spectaculaires. 

 

La solution est politique

  Pour les économistes, la fermeture de la frontière n’est pas une solution qui freinera la contrebande. Et pour cause, M. Rachdi, économiste, plaide pour l’instauration d’une politique de subvention des biens de consommation qui ciblerait les classes démunies et libérer tous les prix. Ainsi, pour lui, on éradiquera une bonne fois pour toutes les trafics et l’exportation illégale des produits subventionnés, à l’image des carburants, les laitages et les céréales, chèrement payés en devises fortes. L’harmonisation des politiques de subvention entre les deux pays freinera aussi les trafics. M. Rachdi souligne la nécessité pour les pays du Maghreb d’harmoniser leurs règlementations douanières permettant d’instaurer une zone de libre-échange.

 

   Un opérateur de Maghnia estime que la réouverture de la frontière algéro-marocaine créera des opportunités d’investissement pour les entreprises des deux pays, à l’image du partenariat déjà existant entre des PME algériennes et tunisiennes. Entre l’Algérie et la Tunisie, les droits des Douanes sont très réduits. Ainsi, des opérateurs algériens importent de l’électroménager du monde entier, font le montage en Tunisie et apposent le sceau «Made in Tunisie» pour bénéficier de rabattement des droits des Douane.

 

   Contrairement à l’Algérie, le Maroc est membre de l’OMC. Le royaume a aussi conclu des accords douaniers avec l’Union européenne, les Etats-Unis d’Amérique, des pays arabes et la Turquie se traduisant par un démantèlement progressif des droits de douane qui ont disparu pour la majorité des échanges commerciaux, cette année. Avec cette nouvelle donne, les biens de consommation deviennent de moins en moins chers pour les consommateurs algériens qui traverseront la frontière, une fois cette dernière sera ouverte. «A défaut de produire en Algérie, au lieu d’importer d’Asie ou d’Amérique, et de contrées lointaines, il vaut mieux acheter chez nos frères marocains», dit un habitant de Maghnia. 

                                                            Source : Al Watan 


Mohamed Rial




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