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La construction des bateaux en bois, Un savoir faire millénaire au Maroc…


Samedi 23 Juillet 2011

Peu de personnes savent que les artisans marocains perpétuent un savoir faire millénaire en construisant des bateaux en bois. Cette technique à su évoluer au fil du temps, avec aujourd’hui, la construction de bateaux de pêche qui sillonnent l’océan Atlantique, principalement pour la pêche à la sardine.



La construction des bateaux en bois, Un savoir faire millénaire au Maroc…


Ce sont les Phéniciens qui amenèrent l’art de la navigation et de la construction de bateaux au Maroc. L’abondance du bois pour la construction fit rapidement de notre pays un des endroits réputé pour ses chantiers navals. Plus tard, les Carthaginois et les Romains profitèrent largement de cette situation. Avec l’arrivée des différentes dynasties Arabes, la réputation des marins et des charpentiers de marine Marocains ne fit qu’augmenter. Leur apogée se situa vers les seizièmes et dix septièmes siècles, au temps des corsaires.

Le Maroc devint alors une puissance maritime considérable. Les nombreux ports du pays, avec en tête celui de Salé, participèrent à la course contre les puissances européennes de l’époque. Le temps des corsaires vint avec l’expulsion des Maurisques de l’Espagne. Nombre de ceux-ci furent installés à Salé. Leur esprit de vengeance vis-à-vis de l’Espagne motiva leur acharnement à attaquer leur ancien pays. Aidés de nombreux Européens renégats, la construction de bateaux en bois gagna encore en intensité et en qualité.


La construction des bateaux en bois, Un savoir faire millénaire au Maroc…

Les bateaux de guerre Marocains étaient légers, rapides, maniables et fort bien construits. Ils semaient la terreur parmi les flottes Européennes et les bateaux marchands, nettement plus lourds, moins maniables et surtout plus lents. Des témoignages historiques racontent comment les corsaires Marocains lançaient leurs abordages en criant comme des diables, sabre au vent, semant la panique dans les rangs chrétiens, qui souvent se rendaient sans même se battre.

Les corsaires de Salé et des autres ports du Maroc menèrent la vie dure aux bateaux Européens, revenants de leurs colonies aux Amériques, chargés de trésors, où de leurs campagnes de pêche au large de Terre Neuve, leur calles regorgeant de poissons. Ils allèrent même jusqu’en Islande, pour mettre la ville de Reykjavik à sac et ramener des marchandises et esclaves Chrétiens. Ils n’hésitaient pas à attaquer et à pourchasser les bateaux ennemis jusqu’à l’entrée de leur propres ports. Voir de débarquer et d’attaquer à pieds les villages des côtes d’Espagne et du Portugal.


La construction des bateaux en bois, Un savoir faire millénaire au Maroc…

Quand l’aire des corsaires toucha à sa fin, c’est tout naturellement vers la pêche que se concentrèrent les efforts des populations des côtes marocaines. Les charpentiers marins se mirent à construire ce qui restera comme les meilleurs bateaux de pêche pour affronter les conditions extrêmes de l’Atlantique. Au fil du temps, les voiles furent abandonnés pour la propulsion motorisée. Certaines pièces passèrent du bois au métal. Mais la majorité du bateau resta en bois.

Aujourd’hui, cette tradition se perpétue dans les chantiers navals Marocains. Le même bois, les mêmes plans, les mêmes techniques, voir souvent les mêmes outils sont utilisés pour construire les bateaux de pêche. Trois sortes de bois différents sont utilisées : l’eucalyptus pour l’ossature du bateau, l’acajou pour la coque, et le « bois de fer », provenant de Tanzanie pour les ponts. Seule concession au modernisme, la timonerie et le bastingage sont en aluminium.


La construction des bateaux en bois, Un savoir faire millénaire au Maroc…

Une année entière est nécessaire pour construire un bateau. Le travail commence en débitant les troncs d’arbre bruts. Tout le travail de découpe et d’assemblage est réalisé sur place. Les gabarits utilisés n’ont pas d’âge et remontent à la nuit des temps. Les courbures s’alignent gracieusement, formant l’ossature des bateaux, gisant au milieu de la sciure de bois, tels d’énormes cétacés au repos… Les hommes, tout petits face à la taille des bateaux, façonnent, assemblent, clouent, sans relâche,… jusqu'à ce que le bateau soit terminé.

Chaque bateau est livré avec une chaloupe. Ce genre de baleinière est utilisé pour tirer le filet et le maintenir au bon endroit. Le bateau fait un cercle, ramenant les deux bouts du filet ensembles, avant de le remonter, remplis de poissons frétillants.


La construction des bateaux en bois, Un savoir faire millénaire au Maroc…

Ensuite c’est la valse des peintres, des calfateurs, bouchant chaque joint de la coque, des équipementiers, qui terminent ce chef d’œuvre. Fruits de plus d’un siècle de travail et de savoir faire. Dernière étape, la mise à l’eau, glissant sur des planches, tiré par des bulldozers, le monstre de bois rejoint l’élément liquide pour lequel il a été conçu. Devenant outil au service de la pêche, une des ressources vitales du Maroc.

Tous les dix ans, le bateau reviendra pour un entretien et des réparations indispensables. Sa durée de vie sera de soixante ans en moyenne. Après cela, il sera démonté et le bois récupéré pour d’autres usages. Rien ne se perd, tout continue à servir.


La construction des bateaux en bois, Un savoir faire millénaire au Maroc…

Le modernisme tente d’imposer les bateaux en métal à la place des traditionnels bateaux en bois. Le souci de rentabilité, les normes de sécurité et de salubrité auront-elles le dernier mot face au charme du bois ? Nul ne sait le dire pour l’instant. Mais espérons que ce savoir faire ne sera pas perdu pour toujours et que l’odeur de la sciure flottera encore longtemps au dessus des chantiers navals Marocains.

 

Texte et photos : Marc d’Haenen

 


Marc D'Haenen




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