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Maroc : Nombre des étrangers en constante évolution. Français en tête suivis des Espagnols.


Jeudi 7 Juin 2012

Qu’ils soient inscrits dans leurs consulats ou non, le nombre des ressortissants étrangers établis au Maroc connaît une nette progression. Quelle est leur taille démographique ? Pourquoi le choix du Maroc ? Quels sont leurs profils ? Enquête.



Maroc : Nombre des étrangers en constante évolution. Français en tête suivis des Espagnols.

Chaque matin, je remercie le Maroc», cette confession d’une jeune française récemment installée au Maroc, traduit un phénomène qui prend de l’ampleur ces dernières années : le Maroc séduit de plus en plus d’Européens, Français et Espagnols notamment. Pour s’en rendre compte, les statistiques de l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (Anapec) sont éloquentes: en 2007, l’Anapec a délivré 1 947 attestations d’activité à des ressortissants étrangers. `

 

Ce dernier document est obligatoire depuis septembre 2006 et fait office de permis de travail. Deux années plus tard, ce chiffre est passé à 2 110 attestations, pour connaître un léger repli en 2010 (2 037 attestations, chiffre qui reste cependant supérieur à celui de 2007). Lors de l’année écoulée, l’Anapec a délivré. 2 394 attestations, confirmant ainsi la tendance haussière des ressortissants étrangers qui viennent s’installer au Royaume pour y trouver un emploi.

 

Français et Espagnols en tête du peloton

Un simple décompte fait ressortir qu’en cinq années, le Maroc a accueilli 10 300 nouveaux travailleurs légaux, toutes nationalités confondues. Cependant, ces statistiques ne prennent pas en compte les ressortissants des pays qui n’ont pas obligation d’attestation de travail (Sénégal, Algérie…). Tout en ne précisant pas la part de chaque nationalité dans ces statistiques, l’Anapec souligne que les Européens sont essentiellement représentés par les Français, les Espagnols, les Italiens, les Portugais…

 

Turcs, Chinois et Japonais représentent bien le continent asiatique, alors que Syriens et Libanais le font pour le monde arabe. L’Afrique quant à elle est représentée par le Cameroun, la Guinée, la Côte d’Ivoire… Si l’Anapec ne donne pas le ratio de chaque nationalité, la maison des Français à l’étranger, sur son site Internet, affirme que : «La communauté française est la communauté étrangère la plus importante au Maroc, avant celle des Espagnols».

 

Dans les technologies de pointe

Interrogée sur les profils de ces nouveaux salariés au Maroc, la direction générale de l’Anapec affirme que l’aéronautique, l’automobile, l’industrie lourde… se taillent la part du lion. À en croire la même source, les grands chantiers structurants constituent également un réceptacle idéal (Tanger Med, développement du réseau autoroutier, Modernisation des grandes entreprises marocaines…). Cependant, il n’est pas rare de retrouver cette main-d’œuvre dans d’autres secteurs économiques tels que l’offshoring, les télécoms, les services et également dans le conseil juridique et dans la fiscalité internationale.

 

Sur ce chapitre, il faut préciser que ces candidats à l’emploi doivent prouver que le poste auquel ils aspirent ne peut pas être occupé par un Marocain, «Même si ton employeur veut te recruter», témoigne à Casablanca Anne, une jeune française de 22 ans.

 

De 8 000 à 100 000 dirhams

«Les postes occupés en général sont des postes d’encadrement et de management : directeur ou poste de responsabilité, ou des profils techniques très pointus tels que pilotes ou ingénieurs», affirme-t-on auprès de l’Anapec qui cite d’autre part les chefs cuisiniers, les soudeurs qualifiés et même les thérapeutes Spa asiatiques. «La fourchette de salaire est très étendue, en allant de 8 000 DH et dépassant parfois la barre des 100 000 DH. Mais en général, le salaire moyen reste compris entre 10 000 et 20 000 DH.»

 

Les Français du Maroc : progression de 6% en 2011

En dehors des profils professionnels dressés par l’Anapec, «il y a de tout», soutient Marion Berthoud, vice-présidente de l’association Français du monde-Maroc. Au sein de cette association, créée en 1982 à la demande de feu François Mitterrand, alors président de France, et reconnue d’utilité publique, l’on reconnaît l’augmentation du nombre des Français, qu’ils soient binationaux ou pas. «Le nombre de Français immatriculés au Maroc a augmenté de 6% en 2011. Il s’élève à 44 430 personnes inscrites dans les consulats. Il ne tient pas compte de nos compatriotes qui y séjournent sans pour autant être recensés par l’administration consulaire», peut-on lire dans le numéro 9 du magazine de cette association.

 

Cependant, et afin d’avoir une bonne approximation de ce nombre : «il faut multiplier par deux le chiffre officiel», dit-on au sein du tissu associatif actif au Maroc.

 

Bourse d’études et sécurité sociale

En dehors des salariés réguliers, on retrouve également «des Français qui viennent tenter l’aventure en montant des riads, en ouvrant des salons de coiffure… Beaucoup de jeunes viennent ici sans savoir s’ils auront un contrat de travail ou une sécurité sociale ou pas», dit encore Madame Berthoud, dont l’association sert de relais entre les Français du Maroc et les différents consulats.


De son côté, Khadija Belbachir, présidente de cette association, indique que les requêtes des Français nouvellement arrivés au Maroc portent essentiellement sur la scolarité et la sécurité sociale : «Les Français qui viennent s’installer au Maroc n’ont plus de sécurité sociale en France. Ils sont obligés d’adhérer à la caisse des Français de l’étranger. Nous les aidons dans leurs démarches pour obtenir une bourse d’études pour leurs enfants que l’État français accorde».

 

Les binationaux en force

Autre association, même constat. Malika Barki, mère de 3 enfants et secrétaire générale de Communauté française au Maroc, confirme l’évolution du nombre de Français récemment installés au Royaume : «Le point commun qui unit les personnes qui s’établissent au Maroc, c’est qu’elles ont des attaches à travers leurs familles, leurs connaissances… La plupart sont déjà venus au Maroc, un pays qui plaît. Ces personnes appartiennent généralement à la classe moyenne, ils ont la quarantaine...

 

S’il s’agit d’un couple, c’est souvent un couple mixte. Beaucoup de jeunes franco-marocains décident de venir», indique-t-elle, et de préciser qu’à l’étranger on parle souvent du Maroc, un pays suivi et dont on apprécie la stabilité. Cet avis est partagé par Marion Bethoud : «Avant, nos enfants lorsqu’ils avaient terminé leurs études préféraient rester en France. Ce n’est plus le cas à présent. Une fois le diplôme en poche, beaucoup préfèrent retourner au Maroc».

 

«Le Marocain a cette capacité de diffuser l’amour de son pays»

Le constat une fois établi, se pose alors la question : pourquoi le choix du Maroc ? À cette interrogation, il est loisible de parler de la crise qui secoue les économies européennes avec le coût social que l’on connaît. À titre d’exemple, le magazine français lesechos.fr indiquait qu’en début 2010, le seul secteur de l’industrie a perdu 500 000 emplois. Comme il est est évident de parler des grands chantiers structurants lancés par S.M. le Roi Mohammed VI ces dix dernières années: Tanger Med, Plan Émergence pour l’industrie, la vision 2020 du tourisme, le Plan Maroc vert, le développement du réseau autoroutier… L’ensemble de ces projets colossaux fait du Maroc un chantier à ciel ouvert qui a la capacité d’absorber les compétences.

 

Plus d’opportunités de travail qu’en Europe

A ce sujet, Malika Barki atteste que: «Actuellement le Maroc offre plus d’opportunités de travail que l’Europe». Par ailleurs, il est évident de rappeler la parité euro-dirham (1 euro = 11 dirhams) qui permet aux Européens d’avoir un meilleur pouvoir d’achat que dans leurs pays d’origine. Mais il n’y a pas que ça !

 

Isabelle Frej, trésorière de Français du monde-Maroc et responsable de la section de Rabat, soutient que : «Partout où on va, il y a des Marocains qui diffusent l’amour de leur pays. Des artistes tels Jamel Debbouze ou Gad El Maleh ont beaucoup contribué à répandre l’image du Maroc. Alors, les gens, qui entendent parler du Maroc de cette façon-là, ont envie de venir. Les Marocains résidant à l’étranger sont les meilleurs promoteurs du Maroc». Et comme en témoigne la désormais casablancaise, Anne, «Je suis venue une fois Maroc. Ce fut un coup de cœur, alors je suis restée».


Entretien avec Thierry Plantevin, conseiller à l’Assemblée des Français de l’étranger, élu du Maroc

«Le Maroc jouit d’un capital-confiance fondé sur la stabilité politique»

Dans cet entretien, le conseiller estime que l’augmentation du nombre des Français qui viennent s’installer au Maroc n’est pas uniquement due à la crise économique. Les nombreux atouts dont dispose le Royaume sont également un facteur déterminant.

 

Le Matin : Avez-vous une estimation de l’importance démographique de la population française établie au Maroc ?
Thierry Plantevin : La communauté française du Maroc ne cesse d’augmenter. Elle est aujourd’hui supérieure à 43 000 inscrits sur les registres consulaires. Cette inscription n’étant pas obligatoire, nous estimons qu’il y a en plus 40 000 résidents français non inscrits. À ces deux chiffres, il convient d’ajouter le million de touristes français en visite annuelle au Maroc. Ces augmentations ne sont pas uniformes sur l’ensemble du pays. Entre 2006 et 2012, la communauté française de Rabat a augmenté de 30%, ce qui n’est pas le cas pour l’Oriental par exemple. Notre communauté est composée de quatre groupes distincts :
• La communauté historique, installée depuis de nombreuses décennies, qui voit son nombre décroître.
• Les retraités, de plus en plus nombreux à venir chercher au Maroc une qualité de vie qui s’explique par l’accueil chaleureux des Marocains, souvent francophones, la douceur du climat, le coût de la vie plus léger et la fiscalité plus attrayante.
• Les binationaux qui représentent plus de la moitié de la communauté française.
• Les fonctionnaires et les cadres du privé, Français de passage qui ne restent au Maroc que pour la durée de leur contrat. Leur nombre est important. Il y a plus de 2 000 fonctionnaires français en poste au Maroc. L’Ambassade de France au Maroc est la deuxième plus importante après notre Ambassade aux États-Unis. Le Maroc a le plus grand réseau d’enseignement français au monde.

 

Qu’est-ce qui explique, à votre avis, cette augmentation ?
Leur choix de revenir au Maroc est souvent économique. La forte solidarité familiale est une aide importante à leur bonne réinstallation. Beaucoup d’entre eux, après avoir passé plusieurs années en France, viennent investir dans des structures commerciales ou industrielles. Le Maroc jouit d’un capital-confiance fondé sur la stabilité politique, sur des objectifs de développement ambitieux et sur sa situation géographique privilégiée qui en fait la plateforme incontestée des échanges entre l’Europe et l’Afrique. Les entrepreneurs français, de plus en plus nombreux, ne s’y trompent pas et la compatibilité de culture entre nos deux pays facilite les partenariats et le négoce. Trente-huit des quarante entreprises du CAC 40 sont présentes et la Chambre franco-marocaine de commerce est la première au monde avec plus de 3 700 entreprises adhérentes. La crise en Europe n’est donc pas le seul moteur de l’expatriation.

 

Comment se passe l’installation au Maroc ?
Mais cet afflux massif de compatriotes induit de nouvelles problématiques. La limite des places dans les établissements scolaires français et l’obligation d’y scolariser les ressortissants français écartent de nos établissements, à notre grand regret, de plus en plus d’élèves marocains. Seule l’ouverture de nouvelles classes permettra de maintenir la parité. D’autre part, les personnes âgées, qui n’ont plus d’attaches en France et qui sont en état de dépendance, n’ont pas encore, hormis la très belle maison de retraite de Rabat, de structures pouvant les accueillir. C’est un vrai défi à relever dans les cinq années à venir.

 

Quel est votre mission, en votre qualité de conseiller auprès de cette communauté ?
L’Assemblée des Français de l’étranger est une spécificité française. Elle réunit 155 conseillers du monde entier, élus au suffrage universel pour un mandat de 6 ans, 12 sénateurs des Français de l’étranger et dans quelques jours, 11 députés des Français de l’étranger. Le conseiller est un trait d’union entre les compatriotes de l’étranger et leurs administrations. Il siège dans toutes les commissions consulaires : bourses scolaires, action sociale, sécurité. Il est à l’écoute des doléances et œuvre à l’amélioration des conditions de vie des compatriotes, en proposant, par des résolutions ou des vœux, que des lois spécifiques aux Français de l’étranger soient proposées et votées par l’Assemblée nationale et le Sénat. C’est une mission très prenante et particulièrement au Maroc où, de Tanger à Agadir, la France met à disposition de nos compatriotes six consulats généraux.


 Source : le Matin   Propos recueillis par S.B.


Mohamed Rial



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