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Salé, La ville des Corsaires


Jeudi 29 Mai 2008

Plus de 20 siècles d’histoire se déclinent le long des rives de l’Oued Bouregreg. L’occupation de ces lieux remonte aux temps préhistoriques. Les Phéniciens et les Romains ont établis des cités à l’embouchure de ce fleuve. Les vestiges de leur présence y sont encore visibles…



Salé, La ville des Corsaires
Les deux cités, jadis rivales, de Rabat et de Salé, ont vu leurs heures de gloire au temps de la course en mer, aux 16ème et 17ème siècles. Les Corsaires, s’aventuraient dans toute la méditerranée et l’atlantique, aussi loin que l’Islande ou Terre-Neuve. Ils capturaient les navires ennemis, ramenant marchandises et esclaves chrétiens.

Salé, La ville des Corsaires

Sous le protectorat Français, la ville de Rabat deviens la capitale administrative du Maroc. Salé s’enferme alors, protégée par ses remparts, dans une sorte de protection de la culture et de la mentalité Marocaine. De nombreux intellectuels sont originaires de cette ville. Du fait de ce repli sur elle-même, Salé à conservé une authenticité qui, de nos jours, se révèle être une source d’émerveillement pour l’observateur étranger. La Médina de Salé étant certainement l’une des plus authentiques de tout le Maghreb, avec des bâtiments historiques, de magnifiques Riad, et des ruelles encombrées de marchands.


Salé, La ville des Corsaires

Aujourd’hui un grand projet d’aménagement des rives du fleuve Bouregreg, révolutionne le paysage de Rabat et de Salé. Un nouveau pont gigantesque va rapprocher les deux villes. Un projet de Marina et de centre moderne immobilier va attirer bon nombre d’investisseurs et de touristes. Tous les espoirs sont promis pour un nouvel essor économique de Salé.

Il nous semble donc important de dresser un portrait de cette ville méconnue en Europe, à la veille de ces grands changements.


Salé, La ville des Corsaires

Nous avons fait appel à une figure bien connue des Salawis (habitants de Salé) : L’acteur Mohammed Khaddi. Depuis plus de 40 ans, cet acteur de cinéma et de télévision, très cher aux yeux des téléspectateurs Marocains, fait partie du paysage audiovisuel du pays. Mohammed Khaddi est un habitant de Salé, ville qui l’a vu naître, et qu’il n’a jamais quittée. Il connait par cœur cette cité et nous en fait découvrir tous les mystères et les trésors cachés. Il nous parle aussi de son projet de réhabilitation des vieux cinémas de quartier, pour en faire des salles de théâtre ou les jeunes acteurs Marocains pourront faire leurs premiers pas sur les planches.


Salé, La ville des Corsaires

Un autre habitant de Salé, Mohammed Sedrati, journaliste à l’Opinion, un journal Marocain francophone à grand tirage, nous sera d’une aide précieuse. En effet, il est le descendant en ligne direct d’un Corsaire de Salé. Sa connaissance de la ville et de la presse Marocaine, en ont fait un allié important pour réaliser nos interviews. Sans parler de la propre histoire de sa famille. Les chroniques des Historiens relatent la prise de bateaux Chrétiens par le « caïd Omar Sedrati » dans les années 1750. Il sera d’ailleurs l’un des derniers corsaires en activité…


Extrait d’écrits historiques


Quand les corsaires faisaient la prospérité de Rabat/Salé

Salé, La ville des Corsaires

Les corsaires de Salé, appelés communément Salétins, ont connu leur heure de gloire au XVIIe siècle. Leur port d'attache, sur le littoral atlantique marocain, à 50 lieues seulement du détroit de Gibraltar, était devenu une terre d'asile pour de nombreux immigrés venus notamment de la péninsule ibérique (Hornacheros et Morisques). L'attachement de ces derniers à la patrie perdue explique largement leurs visées politiques, militaires et économiques. Le désir de se venger des Espagnols et de fructifier leurs capitaux a pris la forme d'une ravageuse guerre de course. Mais, la rentabilité des razzias maritimes ne tarde pas à attirer également une population étrangère à la région, je pense notamment aux pirates de la Mamora, située à quelques kilomètres au nord de Salé, et qui étaient anglo-saxons pour la plupart. Salé accueillit également un nombre non négligeable de renégats de divers horizons et de Barbaresques en quête de lucre et de gloire, et, dont le concours en matière de techniques nautiques fût inégalable. La course a attiré aussi un grand lot de ruraux qui se sont rués vers une ville en plein essor à la recherche du pain et du travail, échappant ainsi aux épidémies et à la misère qui secouaient alors les campagnes marocaines et qui furent pour beaucoup dans ces vagues mouvements migratoires.


Jusqu'en Islande...

Salé, La ville des Corsaires

A son apogée dans la première moitié du XVIIe siècle, la course salétine déborde de son champ habituel d'intervention pour aller vers la haute mer atlantique, faisant de l'espace entre les Canaries, les Açores et le cap Finistère un véritable terrain de chasse : « n'approchant point la terre ferme de 20 à 30 lieues ». Et c'est bien au large de cet espace qu'ils effectuent la majeure partie de leurs prises. Beaucoup plus que leurs émules maghrébins, les corsaires de Salé ont su bénéficier de leur position géographique et de leur savoir faire en matière navale et deviennent la terreur des mers du Ponant : « Mon Dieu, gardez nous des Salétins », disait un rituel du Diocèse de Coutances en Normandie. En effet, les corsaires ont développé de longues campagnes d'été sur des théâtres plus septentrionaux. L'un de leurs succès les plus spectaculaires est le long voyage qui a, en 1627, mené les corsaires en Islande. Cette campagne, placée sous le commandement de Morat-Raïs, un renégat hollandais originaire de Harlem constitue une véritable prouesse maritime pour l'époque. L'opération se solde par le pillage de Reykjavik et par la prise de 400 Islandais, hommes, femmes et enfants.


Les navires et les hommes...

Salé, La ville des Corsaires
Les navires salétins disposaient de deux qualités. La première, étant la vitesse car l'efficacité des razzias maritimes dépendait essentiellement de leur grande mobilité, aussi bien pour rattraper leurs proies que pour échapper à un ennemi souvent dangereux. Ils « font toujours chemin, écrit Jean-Baptiste Estelle, le consul de la nation française a Salé,  pour peu de vent qu'ils aient, à cause des grandes voiles dont ils sont couverts ». La deuxième qualité est la légèreté. L'existence de la barre aussi bien à l'embouchure de la rivière du Bouregreg comme dans la plupart des rivières marocaines, a été la raison déterminante de la légèreté et de la petitesse des navires qui calaient, en plus, peu d'eau à cause du manque de fond du port.
Une autre particularité de l'armement corsaire salétins, c'est qu'il exigeait des équipages pléthoriques, notamment pour un abordage où la supériorité numérique était une arme essentielle. Le ratio moyen effectif-tonnage était en moyenne de l'ordre de 1,5 homme par tonneau, un taux exceptionnellement élevé : « Les équipages des navires sont toujours nombreux et c'est par cet endroit que leurs abordages sont toujours à craindre » écrit le Chevalier d'Arvieux vers 1670. Outre ces caractéristiques, le logement et les vivres nécessaires à l'équipage embarqué sont réduits au minimum. L'espace restreint dont on disposait était réservé généralement à l'installation des pièces de canon et à l'approvisionnement en poudre et munitions. Tout est sacrifié à la vitesse et à la puissance offensive.

Un contexte et des conséquences politiques

Salé, La ville des Corsaires

Dès ses débuts, la course salétine a constitué une activité créatrice d'emplois, la principale source d'embauche et de revenus pour Salé et un très vaste hinterland.
Les corsaires agissaient en vertu d'une commission délivrée par l'autorité publique, engageant la responsabilité de l'Etat. Le but immédiat, contrairement à la course européenne qui visait essentiellement à la destruction des forces ennemies, était la poursuite et la soif du lucre par l'emploi de la violence sur mer, en s'emparant des biens d'autrui à la suite d'un pillage bien organisé.

 
En 1627, les Salétins cessent de reconnaître l'autorité du sultan et se rendent indépendants. La « République » de Salé s'organise autour d'un gouverneur élu chaque année, assisté d'un conseil ou Divan et qui sera chargé, à travers l'intendance de la marine, de remettre les commissions aux corsaires. Toute campagne est précédée de la délivrance d'un « laissez-passer » en règle de la part des représentants des nations étrangères à Salé, afin de mettre le navire corsaire à l'abri des coups de leurs navires de guerre.

Même si elle ne visait nullement la production de richesses, cette activité prédatrice exigeait des investissements et assurait d'importants profits. Néanmoins, vers la fin du XVIIe siècle, avec son étatisation sous les premiers sultans alaouites, la course deviendra une sorte de levier politique et diplomatique. Elle a pour fonction de faire payer à certaines puissances maritimes européennes des tributs annuels. Les équipages sont ainsi réduits à la portion congrue d'une solde versée par le sultan-armateur. Ce changement du mode de rémunération devait entraîner le désengagement progressif des Salétins aux bénéfices éventuels des campagnes corsaires.

 

Textes et photos : Marc d’Haenen


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