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Tourisme Durable. La région comme boussole pour un tourisme vraiment durable au Maroc. Le Cas du sud Est marocain.


Jeudi 17 Mai 2012

Patrick Simon, français résident au Maroc, est un acteur à part entière de l’économie du tourisme. En tant que vice-président du Conseil Régional du Tourisme de la région Guelmim Smara et gérant de la maison d’hôte Dar Infiane à Tata, il était présent au 1er forum pour un tourisme durable qui s’est tenu à Zagora du 29 mars au 1er avril 2012. Il nous fait aujourd’hui partager son regard sur cette importante étape qui aura permis d’exprimer au grand jour la complémentarité entre les enjeux du développement touristique et les enjeux de la construction régionale désormais liés et inséparables dans leur nécessité d’authenticité et de durabilité.



Forum de Zagora
Forum de Zagora
J’ai eu le plaisir de retrouver Zagora en fête, la population et la jeunesse étaient présentes au rendez-vous de ce 1er forum du tourisme durable : un vrai forum animé et coloré par les troupes folkloriques, les activités sportives, les soirées culturelles, les espaces d’exposition des produits des terroirs, mais aussi les stands des différentes communes, des Conseils Provinciaux et Régionaux du Tourisme. L’outil mis en place répondait parfaitement aux besoins avec une grande salle de conférence et la traduction simultanée en français et en arabe des prises de parole. Les débats ont été nourris par des experts nationaux comme internationaux, face à un public diversifié comprenant un grand nombre de jeunes dans une écoute attentionnée. 
   La région Guelmim Es Smara ainsi que la Province de Tata étaient présentes au titre d’invitées d’honneurs et proposèrent au public une représentation de ses folklores, de ses artisans et produits du terroir. De nombreux exposés permirent de mettre en valeur les différentes facettes de la région du Sous Massa Draa aussi bien culturelles que patrimoniales, artisanales, historiques et architecturales.
  Présent en ma qualité d’administrateur de la Fédération Nationale du Tourisme (FNT), mais aussi de 1er vice-président du Conseil Régional du Tourisme de la région de Guelmim Es Smara et en qualité d’opérateur économique à Tata, j’ai pu découvrir au fil de ces journées combien la notion de développement durable était présente dans les esprits de chacun, ancrée aussi bien chez les jeunes que chez les différents opérateurs et responsables locaux.
   Cette préoccupation s’exprimait bien entendu au travers des nombreux exposés des intervenants experts mais tout autant par un auditoire qui faisait montre dans ses questions d’une similaire capacité à l’analyse et à la synthèse face aux réalités plurielles du développement durable. C’est ainsi que des jeunes ont su poser les questions relatives au fondement même de la survie locale face aux problématiques de l’eau, de sa gestion, de son devenir. D’autres ont soulevé les effets de cascade de cette mauvaise gestion de l’eau d’une région à l’autre.
 Les interrogations sur la direction à suivre, ensemble.
   Finalement, si beaucoup d’éléments du sujet ont pu être exposés, si un état des lieux du développement touristique a pu être dressé sur l’ensemble des territoires concernés, il convient de reconnaitre qu’un hiatus étrange s’est exprimé tout au long de ces débats entre d’une part un constat, aujourd’hui clair et sincère, sur les réalités de l’économie touristique, dans ses forces comme dans ses faiblesses, et d’autre part, une somme d’interrogations, voire de doutes, sur la direction à suivre pour accéder à un devenir meilleur, c’est-à-dire une économie du tourisme qui s’intègre mieux, en harmonie comme en justice, avec les réalités humaines des territoires.
  Certes, ce type de réunion est précisément l’instant d’un partage collectif de l’état des lieux communs à tous mais ce qui doit nous interpeller est le niveau exprimé des inquiétudes, des attentes vis-à-vis de la marche à suivre, comme un besoin d’être rassurés, non pas sur sa propre compréhension des situations mais sur la direction à prendre dans un même élan collectif.
  Il n’est plus possible désormais de considérer que les choses se feront selon la mode, sans modèles, sans consignes, sans orientations concrètes. Les efforts des dernières années ont manifestement porté leurs fruits : la prise de conscience que le tourisme doit s’intégrer dans une démarche globale de développement durable est actée, l’acceptation que ce développement-là dépend de la capacité d’initiative et des actes de chacun est là encore intégrée par tous.
 
 
Un besoin de régionalisation.
Mais il semble que l’étape qui aujourd’hui doit être franchie exprime une donnée majeure pour le bon déroulement du cheminement vers l’avenir : les efforts nouveaux doivent désormais s’inscrire dans une vraie dynamique régionale, développant par là un véritable projet collectif élaboré, qualifié, quantifié et financièrement cadré de manière transparente mais claire et précise, c’est-à-dire de manière directive.
   Plus que jamais auparavant en effet, cet état des lieux pointe la nécessité absolue que la régionalisation, dans ses dimensions administratives et financières, doit affirmer des directives durables, équilibrées, réalistes et donc rationnelles par rapport aux possibilités et capacités réelles de chaque territoire, dans un esprit de partage et d’échange avec les acteurs locaux.
Il est urgent d’arrêter l’hémorragie des mini-projets trop facilement répliqués sans souci d’adaptation avec les réalités du territoire d’accueil. Il est grand temps de retirer aux collectivités locales la capacité de donner des permis d’exercer en tout lieu sans avoir confirmé au préalable l’inscription des projets dans une vision d’ensemble du développement régional. 
  S’il est vrai que seule l’initiative privée restera le véritable moteur d’un développement durable, qu’il soit touristique ou autre, l’entité politique, et donc administrative, de la région doit pouvoir fournir le cadre-modèle qui fixe les grands axes de développement du territoire régional, mettant à la disposition de tout initiateur les informations disponibles, et facilitant ainsi la concertation, la complémentarité et finalement la coopération entre tous les opérateurs concernés, publics ou privés.
   Il apparaît plus que jamais nécessaire que les déclinaisons du développement régional ruissellent d’un centre collectif de décision, celui de la capitale régionale, jusqu’aux multiples localités d’opérationnalité. Trop souvent, nous pouvons remarquer que l’acteur local fait parce qu’il faut faire et que cette absence de concertation et de coordination, ce découplage entre l’action locale et la vision régionale, provoque un grand gaspillage des énergies disponibles tout en nourrissant le risque d’un mécontentement qui peut, s’il se poursuit, remplacer le dialogue par la revendication.
  J’ai pu constater de nombreuses fois les incompréhensions légitimes des acteurs de projets face aux déséquilibres des capacités et des moyens au sein des régions comme entre les régions elles même.
J’ai vécu les interrogations de ces êtres investis d’un régionalisme culturel incontesté mais ne pouvant plus comprendre que leur savoir-faire naturel n’était pas reconnu dans le processus de développement tel qu’il est aujourd’hui pensé. Que répondre en effet à celui qui nous dit « je suis chamelier, fils de chamelier et l’on me dit que les futurs guides chameliers du désert qui pourront officiellement exercer devront avoir fait des études – qu’est ce que je deviens et ce chamelier des villes qu’est ce qu’il comprendra au désert » ?
   Que répondre à celui-ci qui vient vous dire « Je connais toute la région, je suis capable de m’orienter aux étoiles, j’ai un peu étudié pour expliquer les constellations, pour raconter des contes et histoires locales sous les étoiles, mais les agences me disent qu’elles ne peuvent pas m’employer car je ne suis pas reconnu dans les métiers du tourisme » ? Que penser de ces projets qui ne sont réalisés que parce qu’ils permettent d’afficher un beau décor dans telle ou telle localité alors que les problèmes de fond de ces localités, ceux justement qui conditionnent la durée de tout développement et donc de tous les investissements opérés, comme par exemple les problèmes de l’eau, ne sont pas pris en compte par les autorités décisionnaires ?
 La région comme boussole de l'aventure collective du tourisme durable.
La Vision 2020 doit revoir et corriger ces approches afin que le développement régional puisse se comprendre et se dérouler d’après des schémas directeurs clairs et solides. Il y a urgence à fournir aux décideurs locaux, les communes, des consignes directives qui soient des outils à leur disposition pour réguler, normaliser, adapter les actions de chacun afin d’éviter tout gaspillage, tout retard, toute redondance et afin de donner aux aménagements sociaux et écologiques la primauté par rapport aux effets de façade : les populations locales n’ayant en rien à devenir de simples clichés exotiques.
  Il y a urgence à reconnaitre que la manne touristique qui jusqu’à ce jour n’a été définie que comme une « poule aux œufs d’or » est en train pas à pas, en raison de cette anarchie et de ce refus de coller aux réalités humaines des territoires, de déstabiliser à jamais les économies régionales.
  Le forum de Zagora aura finalement mis à jour un consensus sur le besoin prioritaire qui pourrait guider l’ensemble des évolutions nécessaires : le besoin d’inscrire le tourisme et son développement sur des valeurs et non plus seulement sur des intérêts : les valeurs d’authenticité et de respect des réalités dont celle du patrimoine en premier lieu, et cela quelle que soit la forme que prendra le tourisme, tourisme culturel, sportif, oasien, désertique, montagne …
  Les projets doivent désormais se penser et se planifier au niveau régional, se définissant par l’agrégat concerté des volontés du local comme du global, ici l’échelon régional. De fait tous les aménagements à prévoir, les mises à niveau des transports aériens, routiers, chemin de fer, les évolutions des services, les adaptations des formations locales etc… tous seront ainsi eux aussi pensés et planifiés en cohérence avec ce cadre régional directeur.
  L’intérêt de ce 1er forum de Zagora aura été de présenter un état des lieux qui aura certes réaffirmé les potentialités comme les enjeux, mais il aura avant tout servi à mettre à jour un « besoin de région », grande et belle nouveauté en regard du processus de décentralisation en cours dans le Maroc tout entier.
   Faisons en sorte de suivre activement le déroulement de cette aventure régionale afin d’être certains que les prises de décisions deviennent effectives, que la science et le savoir stockés par les universités viennent construire les bons outils à partager entre tous, qu’une administration régionale renouvelée saura porter haut et fort l’ensemble des synergies ainsi rassemblées.
 Écrit par Patrick Simon

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