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Tourisme Révélations alarmantes de la Cour des comptes sur la Société Marocaine d’Ingénierie Touristique SMITT:


Samedi 21 Janvier 2017

Bilan sombre du Plan azur avec des réalisations de 7,8% et 2,7% respectivement pour les Visions 2010 et 2020



Le contrôle par la Cour des compte de la Société Marocaine d’Ingénierie Touristique (SMIT), portant sur les principales activités de cette société, à savoir a réalisation d’études d’ingénierie du produit et d’aménagement touristiques, promotion des investissements touristiques et sa contribution à la mise en oeuvre de la Vision 2020 du tourisme à travers l’implémentation des contrats programmes régionaux (CPR)sont riches en révélations qui établissent un bilan sombre de l’entité vivant de la vente de son patrimoine au lieu d’une production de son ingénierie stérile.
 Ce bilan sombre vient ternir l’azur du secteur du tourisme et témoigner d’une hémorragie qu’il y a lieu d’arrêter au plus vite. Une reddition des comptes des s’impose et doit se poursuivre.
Société anonyme à directoire et conseil de surveillance placée sous la tutelle technique du ministère du tourisme, la Société Marocaine d’Ingénierie Touristique (SMIT) est une entreprise publique qui a pour principale mission, de réaliser ou faire réaliser, pour le compte de l’Etat ou des personnes morales de droit public, des études concourant au développement du produit touristique ainsi que
la promotion des investissements touristiques.


Le contrôle de la Cour a porté essentiellement sur le coeur de métier de la SMIT, ayant trait à la réalisation d’études d’ingénierie touristique et à la promotion des investissements, tout en mettant en lumière les résultats obtenus des différentes activités de la société. Le cas du Plan Azur a été pris comme exemple pour apprécier la contribution de la SMIT à la réalisation du "produit touristique", qui demeure l’objectif ultime de cette entité publique.

L’ingénierie touristique a trait à la conception et la mise en valeur de produits touristiques (stations balnéaires, projets hôteliers, parcs d’animation,….). Elle consiste en une démarche d’accompagnement des entreprises, des porteurs de projet et des destinations touristiques. Son champ d’action concerne toutes les étapes d’un projet d’investissement ou d’une démarche de développement territorial tels que l’appui à la conception, l’analyse de faisabilité ainsi que l’appui au montage et l’interface avec des partenaires exploitants ou financiers, ou encore le diagnostic marketing et l’évaluation des retombées économiques et sociales.

Insuffisances dans les études stratégiques
La SMIT est chargée selon ses statuts de mener les études nécessaires à la définition et à la mise en oeuvre de la stratégie de développement du tourisme arrêtée par les pouvoirs publics. Cependant, les études stratégiques réalisées par la SMIT depuis sa création portaient uniquement sur des actions en relation avec sa propre réorganisation. Elles ne détaillent pas le processus de mise en oeuvre des différentes composantes des Visions publiques en matière de tourisme.

En effet, l’étude stratégique (baptisée SMIT Relaunch- stratégie 2020) réalisée par la SMIT en décembre 2011 avait conclu sur l’établissement d’un plan pour l’implémentation de la Vision 2020. Ce dernier a plutôt suggéré des tâches à accomplir par la SMIT tels que la veille et l’étude de préconcept, mais sans aller jusqu’à formuler une démarche globale d’implémentation de ladite vision.

Insuffisances dans les études du produit touristique. La SMIT soutient qu’elle réalise chaque année un nombre considérable d’études en ingénierie du produit touristique, schémas de développement, stratégie… etc. Mais ceci est à nuancer par le fait que plusieurs de ces études sont réalisées par des cabinets privés, alors que d’autres étaient de simples actions d’accompagnement à d’autres entités.
Il est à soulever aussi, l’absence d’analyse de faisabilité, pourtant partie intégrante d’une étude d’ingénierie touristique, dans la plupart des études de concepts.
Par ailleurs, les études appelées "schémas directeurs" ou "veilles" se limitent à des inventaires des tendances de valorisation et de consommation de produits touristiques au niveau mondial, plutôt que d’être des études spécifiques avec des descriptions détaillées des processus de réalisation de tels produits touristiques sur des sites déterminés au niveau national.



La SMIT inscrit sur ses plans d’action joints aux rapports soumis à son conseil de surveillance une liste d’études à réaliser pour une année donnée, sans toutefois mentionner leur consistance ni les raisons de leur réalisation. D’ailleurs, exception faite des études menées en vue de donner forme aux objectifs de la Vision 2020, les autres études n’étaient pas prévues par le plan d’action triennal de la société. Ceci a eu pour résultat un éparpillement observé au niveau des thèmes et des sites concernés par les études réalisées au titre d’une même année.

En outre, ces études ne sont pas exploitées, ni par des entités publiques ni par des investisseurs privés, pour construire ou valoriser un quelconque produit touristique.
Les études ne sont pas une fin en soi. Elles doivent répondre à des besoins réels et aboutir à des projets concrets, eu égard à leurs coûts directs et indirects.


Faible dimension d’ingénierie touristique dans les prestations dites "AMO"
La SMIT offre également une prestation dite assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO) déléguée, pour le compte de certains investisseurs afin de les aider à développer leurs projets touristiques. Toutefois, cette activité s’est révélée peu porteuse en termes de recettes financières, et ce à cause du nombre limité des actions menées à ce titre d’une part, et de la modestie des rémunérations encaissées, d’autre part.

En effet, la SMIT a signé depuis son institution en 2008 trois contrats de type AMO, qui lui ont permis de générer une recette totale d’environ 39,7 millions de DH au titre des années 2010 à 2014. Durant la même période, le total des charges de la SMIT dépasse 688 MDH, dont environ 158 MDH pour les charges de personnel uniquement. Il a été relevé aussi que les actions de la SMIT dans le cadre de ces contrats portaient plutôt sur des aspects liés au génie civil plutôt qu’au management des projets touristiques.

En conclusion, le métier de l’ingénierie touristique semble encore être à un stade embryonnaire au sein de la SMIT en termes de contenu des études réalisées et de leur valeur ajoutée pour l’investissement touristique.

Promotion de l’investissement touristique : résultat médiocre
La promotion des investissements touristiques est menée principalement via la participation aux salons internationaux spécialisés, l’organisation de Road Show, des contacts B to B ou des mailings.
Ainsi, la SMIT soutient qu’elle a approché entre 2012 et 2015 un total de 158 prospects.

   Toutefois, il faut signaler que ces `nouveaux contacts ont été menés essentiellement sur la zone MENA, soit près de 60% de l’ensemble des actions. Les résultats ont été modestes, puisque seulement trois conventions ont été signées. En effet, les conventions, au nombre de dix sur la période précitée, ont été signées essentiellement à l’occasion des rencontres type B to B ou des Road Show.
Par contre, le bilan des participations aux forums est néant en termes de conventionnement. Il a été relevé aussi à ce titre que le site Internet de la SMIT n’est pas encore pourvu en données, même sommaires, concernant les projets touristiques à placer auprès des investisseurs. Au vu des réalisations de la SMIT, il est possible de conclure qu’après plus de huit ans de son existence, la société n’a pas pu développer une réelle activité de démarchage lui permettant de participer activement à la promotion des investissements touristiques.

Contribution limitée de la SMIT dans la mise en œuvre contrats programmes régionaux
Le contrat programme de la Vision 2020 a prévu l’élaboration de contrats programmes régionaux (CPR) de développement touristique s’inscrivant dans le cadre des orientations définies pour chacun des territoires, au plus tard à fin décembre 2011.


Il convient de constater tout d’abord que la "logique de territoire" dans le déploiement de l’infrastructure touristique, que préconisait la Vision 2020, a été abandonnée au profit de la "Région" comme entité administrative pouvant s’engager à contribuer à la réalisation des aménagements touristiques définis dans les contrats programmes.

La SMIT a été chargée explicitement, au niveau de ces contrats, des actions relatives à l’identification du foncier, au développement de préconcept, au placement des projets via le démarchage des investisseurs ainsi qu’à la sélection des aménageurs-développeurs et la contractualisation des engagements en matière de valorisation des lots touristiques.

Par ailleurs, ces CPR ont défini surtout les projets à réaliser dans chaque région dans le cadre de la Vision 2020 par les secteurs public ou privé, tout en fixant leurs emplacements, leurs consistances et leurs montants. Cependant, il a été remarqué que la SMIT s’est engagée depuis le début de la Vision 2020 jusqu’à 2015 dans une série d’études enchainant définition de produit touristique et proposition d’aménagement, sans pouvoir amorcer une vraie dynamique de mise en oeuvre des produits touristiques proprement dits tels que définis dans les CPR. Ceci témoigne du manque de planification à la SMIT pour l’opérationnalisation des programmes découlant de ladite Vision.

Absence d’implémentation des contrats programme régionaux
La SMIT soutient que le taux d’avancement des CPR a été de 73% à mi-2015. Or, l’analyse de la situation détaillée des projets engagés dans le cadre des CPR a permis de relever que plusieurs projets cités pour justifier les montants engagés par région n’étaient même pas inscrits au départ dans les CPR, et que le caractère touristique de plusieurs projets n’est pas avéré. En fait, la SMIT ne dispose pas d’un mécanisme dédié au suivi de l’implémentation des CPR et des investissements touristiques réellement engagés dans ce cadre.

 
D’ailleurs, une autre situation fournie par le Ministère de tourisme fait ressortir que le taux de réalisation des projets issus des CPR est de 0,29% à fin juin 2015, sachant que les premiers CPR ont été signés en novembre 2012. Et même si on inclut les projets qui étaient déjà en cours d’exécution avant la signature, ce taux de réalisation ne dépasserait pas 20%. En conclusion, le taux d’implémentation des CPR issus de la Vision 2020 reste en deçà des attentes, à l’exception de rares actions engagées dans ce cadre mais qui restent très limitées en termes de nombre et de montants investis.

Plan AZUR : défaillance de taille
Le Discours Royal du 10 janvier 2001 à Marrakech à l’occasion des assises nationales du tourisme, a engagé officiellement le Maroc dans une nouvelle politique touristique qui s’est concrétisée par la signature de l’accord-cadre entre le gouvernement et la fédération du tourisme avec comme principal objectif de placer le Maroc parmi les premières destinations mondiales et d’accueillir 10 millions de touristes en 2010.


Au terme de la Vision 2010, une autre stratégie de développement touristique appelée « Vision 2020 » a été lancée, à travers le contrat programme 2011-2020 du 30 novembre 2010 signé entre l’Etat et le secteur privé. Cette nouvelle Vision ambitionne de doubler la taille du secteur en construisant notamment près de 200.000 lits hôteliers et assimilés et recevoir 20 millions de touristes en 2020.

Toutefois, pour ces deux visions stratégiques du tourisme, les résultats obtenus sur le chantier « produit » sont en deçà des ambitions, surtout pour sa composante principale et structurante, à savoir le plan Azur.

Les missions de la SMIT concourent toutes à la réalisation du "produit" touristique (stations touristiques, hôtels, projets d’animation…). Le "Plan Azur" qui découle de la vision 2010 et le "Programme Azur" issu de la vision 2020 constituent des chantiers structurants pour les deux visions stratégiques du Maroc en matière de tourisme, auquel la SMIT était appelée à apporter sa contribution.

Vision 2010 et vision 2020
Dans le cadre de la vision 2010 du tourisme, l’Etat cherchait à assurer un positionnement offensif sur le balnéaire afin que celui-ci représente 70% de l’offre en 2010. Ceci nécessitait une capacité additionnelle de 65.000 chambres environ (130.000 lits), en plus d’un repositionnement du produit culturel avec une capacité additionnelle de 30.000 lits.

Pour le balnéaire, les parties signataires de l’accord cadre et de son accord d’application avaient convenu de lancer six nouvelles stations au niveau des sites suivants : Saïdia (Bekane) ; Khmis Sahel (Larache) ; El Haouzia (El Jadida) ; Mogador (Essaouira) ; Taghazout (Agadir) et Plage blanche (Guelmim).

Au terme de la Vision 2010, seules les stations de Saïdia et de Mazagan ont connu la réalisation de capacités touristiques, respectivement de 4.475 lits et de 1.000 lits par rapport à des objectifs de 16.905 et 3.700 lits. Pour les quatre autres stations du plan Azur, aucune sortie de capacité litière n’a été enregistrée jusqu’à fin 2010. Ainsi, le taux global de réalisation du chantier Azur était de 7,8% pour le volet de capacité litière touristique et 12,6% pour le volet résidentiel.

Les principales nouveautés de la Vision 2020 se manifestent au niveau de l’introduction de certains concepts et principes fondamentaux dont, notamment, une politique d’aménagement territorial de l’offre touristique. A ce titre, huit territoires touristiques ont été définis autour de trois positionnements (balnéaire, culturel et naturel) et six programmes, dont le programme Azur.

Plusieurs dispositifs d’accompagnement ont été prévus pour faciliter la mise en oeuvre de la stratégie touristique dans les meilleures conditions. Il s’agit essentiellement des nouveaux dispositifs d’investissement et de financement, dont certains sont consacrés exclusivement au programme Azur.

Bilan global de la composante balnéaire « Azur »
Pour la réalisation du plan Azur, l’Etat a engagé d’importants moyens, en l’occurrence la mobilisation du foncier nécessaire pour les six stations, le plus souvent avec des conditions très avantageuses. A titre d’exemple, pour la station Taghazout, la SMIT a cédé le terrain à l’investisseur à 50 DH/m², soit un écart par rapport au prix du marché de 200 DH/m2, ce qui constitue un avantage financier de 1,3 MM DH. La contribution de l’Etat à la réalisation des stations Azur s’est concrétisée aussi par des travaux hors site (infrastructures de base) estimés à environ 1,3 Milliards DH.


Le bilan global de la composante balnéaire « Azur » de la Vision 2010 puis de la Vision 2020 est très faible. Le taux de réalisation des capacités touristiques est de 7,8% et 2,7% respectivement pour les Visions 2010 et 2020, soit une capacité totale cumulée d’environ 7050 lits pour les deux visions.
 
Source : L OPINION
 

Imad Barrakad
Imad Barrakad

Mohamed Rial




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