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Tourisme : de l’embellie euphorique à la résilience


Dimanche 22 Juillet 2012

Plus on en parle, moins on le voit venir. Le tourisme marocain se fait attendre, perdu à la limite en soupirs et en souvenirs nostalgiques. Il est frappé par la crise économique et financière depuis 2009, devenue une crise sociale aux effets dévastateurs.



Tourisme : de l’embellie euphorique à la résilience
 
   En 1999, aussitôt intronisé, le roi Mohammed VI l’a inscrit comme une priorité des priorités, conscient à la fois de son poids dans l’économie, de son rôle dans la promotion du Maroc et de sa richesse intrinsèque.
Deuxième source d’approvisionnement en devises du Maroc après les phosphates, suivi de près par les apports de la communauté marocaine établie à l’étranger, le tourisme constitue un pourvoyeur significatif d’emplois.
 
   En 1999, aussitôt intronisé, le roi Mohammed VI l’a inscrit comme une priorité des priorités, conscient à la fois de son poids dans l’économie, de son rôle dans la promotion du Maroc et de sa richesse intrinsèque. Depuis des années, en effet, le Maroc a enregistré pas moins de 5,5% de croissance, le secteur constituant aussi un important créateur d’emplois qui compte pour environ 7,5% du PIB du pays. A présent, le gouvernement souhaite atteindre le chiffre de 5,6% de croissance et, même au-delà…
 
Lors des toutes premières Assises du tourisme, présidées effectivement par le roi le 10 janvier 2001 à Marrakech, une stratégie nationale avait été tracée, à la réussite de laquelle le gouvernement, l’État, les professionnels et les investisseurs nationaux et internationaux étaient conviés solennellement.
Débat précurseur et naissance d’une vision.
 
 Ce jour-là, le roi, dont ce fut les premiers pas dans l’encadrement du secteur, prononça un discours-programme, annonciateur d’une irréductible volonté de porter haut le tourisme marocain, de le sortir de ses limbes surtout, de lui donner sens et contenu, de lui fixer enfin des objectifs et un modus operandi.
 
« Dans notre conception, le tourisme, outre qu’il constitue une activité économique de grande importance, représente une culture et un art de communication avec l’autre. (…) Le secteur du tourisme représente un réservoir considérable en matière d’opportunités d’emplois attrayants pour notre jeunesse, il importe de donner tout l’intérêt aux ressources humaines à travers une politique de formation adaptée quantitativement et qualitativement aux besoins de ce secteur… », affirma-t-il en ouvrant les Assises.
 
   Ces Assises, uniques en leur genre, constituaient un débat précurseur. Elles dressaient l’état des lieux du secteur, diagnostiquaient ses carences et proposaient enfin une vision. C’est Mohamed Benamour, président du groupe KTH-KTI-KTT, un professionnel engagé qui a été chargé par le Souverain d’élaborer le contrat-programme de la vision 2010, celle-là même qui a été enfantée lors de ces premières Assises, devenant ensuite l’un des chantiers du règne.
 
À Benamour, on doit la mise en valeur d’un cadre de travail cohérent mais aussi la toute première ébauche d’une structuration du système de « penser et d’agir du tourisme » au Maroc.
Une œuvre pharaonique est lancée
Il avait été décidé la réalisation, dans un premier temps de 6 stations balnéaires, répondant ainsi à la double vocation méditerranéenne et atlantique du Maroc : Mediterrania Saïdia, Mazagan Beach Resort, déjà en activité depuis deux ans, Port Lixus, Mogador Essaouira qui a ouvert ses portes il y a quelques mois , Taghazout Argana Bay et Plage Blanche Guelmim, dans l’expectative.
 
Le choix des appellations, pour certaines d’entre ces stations créées «ex nihilo», renvoient à une mythologie lointaine, à une certaine littérature antique même. Les opérateurs et non des moindres coexistaient dans un même élan, séduits à la fois par les projets, le soutien de l’État marocain, la main d’œuvre, les avantages – entre autres fiscaux – et des projetions hyperboliques du tourisme marocain. On relève de prestigieux prestataires parmi les groupes : Accor, Fadesa, Colony Capital, Thomas & Piron et Colbert Orc , Sol Kerzner. Ils ont fait du Maroc une terre d’élection…
 
Une œuvre pharaonique, que ces 6 stations retenues et prévues dans la vision 2010 ! Celle-ci devait être couronnée, en réalité, par un chiffre fatidique fixé d’emblée, celui de 10 millions de touristes à l’horizon 2010 ! Le nouvel horizon ouvrait également larges ses portes aux investisseurs et opérateurs internationaux, d’Europe, d’Amérique, d’Asie, du Golfe, etc.
 
À pied d’œuvre, encouragé par un précieux soutien royal, le secteur du tourisme a constitué ainsi l’espoir du pays tout entier. Une manne providentielle en termes de projets, les uns se succédant aux autres, des plus petits aux plus grands. Un véritable mouvement tous azimuts, gagnant les régions du Maroc, réinventant aussi une nouvelle conception de l’activité. Les hôtels sont sortis de terre à tours de bras, les stations retenues dans le cadre du Plan Azur ont émergé pour la moitié d’entre elles en peu de temps…
 
En 2009, soit un an avant la date butoir, la station Saïdia, passée entre temps par une série de difficultés rencontrées par le premier promoteur espagnol, FADESA, a commencé à accueillir ses premiers clients, relevant le pari tout de même.
Les retards du Plan Azur et la crise
Cela dit, des retards considérables ont été accumulés et certaines stations, comme Taghazout, dont la réalisation avait été confiée au Saoudien Cheikh Kamal Salah, attendent toujours.
 
Tant et si bien qu’en 2008, prévoyant les effets négatifs sur la réalisation du programme retenu en 2001, l’ancien ministre du Tourisme, Mohamed Boussaid, comme pour déchanter, prévenait en ces termes : « Le plan reste une ambition nationale… Mais les stations balnéaires prévues dans le cadre du Plan Azur connaîtront des retards sur le calendrier en raison de la complexité et de la difficulté des constructions ». Ce propos, tenu fin 2008, était d’autant plus prémonitoire qu’il prévoyait presque en filigrane la dramatique crise de 2009-2010 qui perdure jusqu’à nous jours. En 2010, le Maroc a accueilli presque 9 millions de touristes, soit un peu moins que ce que la Vision retenue en 2001 avait prévu.
 
Le plan d’ajustement Cap 2010
L’effet boomerang de la crise n’a pas pour autant dissipé l’espoir d’une relance. Un plan réactif, plutôt d’ajustement, a été lancé avec le nom de « Cap 2010 »  avec, à la clé, l’injection par l’État en 2009 de quelque 50 millions de dirhams en guise de soutien à l’action promotionnelle de l’ONMT. Ce « Cap 2010 » était en fait l’œuvre conjointe du ministre du Tourisme et de l’ancien président de la FNT, Othman Alami, illustrant ainsi l’esprit du partenariat public-privé.
 
Que les responsables aient été à ce point prévenants et anticipateurs, n’a pas empêché la crise de s’approfondir : une réduction substantielle des arrivées et des nuitées, une concurrence à la limite déloyale menée par des pays comme la Turquie, les Iles Canaries voire même l’Égypte ou la Tunisie. Des retombées de la crise de l’Euro que le Maroc, vaille que vaille, subit indubitablement. «2012 sera certainement une année très difficile (…) il faut s’armer et redoubler d’efforts pour surmonter la situation», avait déclaré le directeur général de l’ONMT, Abdelhamid Addou, pointant du doigt la crise économique et les effets désastreux de l’attentat terroriste de Marrakech. Il ne croyait pas si bien dire !
 
Le tourisme national, vecteur palliatif ?
La fermeture d’établissements hôteliers, comme Valtour à Agadir qui a jeté en pâture quelque 250 employés, nous annonce plutôt des lendemains qui déchantent. Et le fait même que responsables et opérateurs se ruent sur la manne nationale, invoquant comme par miracle et louant même les vertus du tourisme national, nous en dit long sur la dimension de la crise. Parade ? Nouvelle stratégie pour pallier au manque, le tourisme national valorise la clientèle nationale, constituée d’une classe moyenne en pleine expansion. Il s’articule autour de la stratégie dont le programme Kounouz Biladi porte les fonts baptismaux. Depuis février 2011, la première station Biladi a été ouverte à Ifrane et une deuxième est prévue à Imi Ouddar en 2013.
 
Une série d’autres stations « nationales » sont prévues, notamment à El Jadida, Sidi Abed, Nador, Tanger, Marrakech et Agadir dans le cadre de la Vision 2020 qui constitue à présent le vecteur du tourisme. L’objectif de Kounouz Biladi, proclamé et affiché, est d’atteindre une capacité hôtelière de 30.000 lits en 2013. En réalité, le repositionnement sur le segment du tourisme intérieur, quand bien même il reposerait sur une volonté de réminiscence et de résilience à la crise, a cette vertu de prendre en considération le fait que la clientèle nationale est la plus sûre et la plus constante. D’où cette furieuse concurrence qui se développe en termes de promotion, d’innovations et d’offres alléchantes à tout va…
 
Le regain d’intérêt pour le tourisme intérieur s’explique en partie par le fait que 26% des nuitées réalisées dans les hôtels classés reviennent aux touristes nationaux, soit plus du quart du chiffre global et, de surcroît, un chiffre en hausse constante. Il a rapporté au secteur pas moins de 23 milliards de dirhams, une petite aubaine prometteuse… Le Maroc peut se prévaloir d’une vision de résilience à la crise internationale, il peut même invoquer sa longue expérience en la matière, puis qu’il a su résister à la première et à la deuxième guerre du Golfe, aux répercussions des attentats du 11 septembre 2001, aux attentats du mois de mai 2004, et à celui d’Argana.
 
En 2010, il avait connu une «progression légèrement positive», soit une hausse de 2% en nombre d’arrivées, mieux que certains pays comme la Tunisie et l’Egypte. En 2010, le Maroc a accueilli 9 millions de touristes étrangers, en grande partie européens, autrement dit une progression exponentielle de 12%. Abdelhamid Addou, tout à sa didactique prudence, a affirmé que « pour faire face à cette situation et améliorer encore davantage le secteur touristique au Maroc, plusieurs investissements importants sont prévus, en particulier en provenance de la région du Golfe ».
 
Trois fonds souverains de pays arabes du Golfe (Qatar, Emirats Arabes Unis, Koweit et même Bahrein) ont signé cinq importants accords de coopération prévoyant notamment la création d’un fonds d’investissement touristique doté, toutes dimensions confondues, de la bagatelle de 2 milliards d’euros. C’est un levier significatif…
 
La Vision 2020  pour doubler la taille du secteur
Le 30 novembre 2010, aux Assises du tourisme organisées de nouveau à Marrakech, la Vision 2020 a été présentée au roi Mohammed VI, devant un parterre de professionnels, nationaux et internationaux. Yassir Zenagui, alors ministre du Tourisme, s’est fait un point d’honneur de défendre le plan de sauvetage à moyen terme d’un secteur stratégique qui battait de l’aile. Le roi, attentif à la présentation en « data show » dans le cadre du grand chapiteau aménagé à cet effet, en était sorti convaincu et sa présence illustrait, en somme, l’intérêt qu’il accorde au développement d’un secteur qu’il affectionne.
 
La Vision 2020, aux yeux de ses promoteurs, n’est pas un mythe, encore moins une clause de style. Elle s’articule sur l’audace, l’anticipation, la prospection, la reconquête patiente et laborieuse des marchés traditionnels, notamment français, allemand, italien, espagnol et anglais. Elle se fixe comme objectif de « doubler la taille du secteur touristique, hissant ainsi le Maroc parmi les 20 premières destinations touristiques mondiales. Huit nouvelles destinations touristiques vont naître dans le cadre de la Vision 2020 ».
 
 L’exemple du Maroc fait l’objet d’un intérêt constant et renouvelé. Il est devenu une sorte de « business model », au point que le gouvernement et les opérateurs du Kenya en prennent de la graine et invitent les responsables de la FNT à venir leur présenter le projet.
 
 Le Soir Echos         Hassan A.Kacimi.

Mohamed Rial




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