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Maroc L’économie solidaire, l’autre solution pour l’emploi


Dimanche 17 Juin 2012

C'est à peine si un intérêt commence à lui être porté. Pourtant, elle pourrait être la réponse aux problèmes de l’emploi. Il s’agit de l’économie sociale et solidaire. C’est en tout cas le point sur lequel ont insisté les participants au colloque organisé par l’Université Ibnou Tofaïl à Kénitra, tenu en fin de semaine écoulée.



Maroc L’économie solidaire, l’autre solution pour l’emploi

"L’économie sociale et solidaire constitue un moteur de croissance pour l'emploi. Le travail de groupe représente un stade avancé de l’évolution économique et dans le monde des affaires, le travail d'équipe a fait ses preuves». C’est en effet en ces termes que Lahcen Daoudi, ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la formation des cadres a ouvert les travaux de ce colloque. Il faut dire que si les prémices de l’économie solidaire sont apparus au Maroc depuis l’indépendance, sa contribution à la résorption du chômage n’est toujours pas évidente.

 

Les statistiques du ministère chargé des Affaires générales et de la gouvernance prouvent que ce secteur est encore loin d’avoir puisé dans toutes ses potentialités. Au Maroc, en effet, le tissu des coopératives contribue à peine à 1% de l’emploi salarié et génère un chiffre d’affaires dépassant 10 milliards de dirhams. En tout, ce sont 400.000 emplois qui sont concernées par l’encadrement dans le secteur. Ce taux reste très loin du niveau affiché à l’étranger. Pour exemple, il suffit de citer la France, où l’économie sociale constitue 9,5 % de l’ensemble des établissements employeurs du pays et emploie 12% de l’effectif salarié national.

 

Idem en Belgique où plus de 400.000 salariés sont concernés, soit une contribution de 11,5% à l’emploi salarié, tandis que ce sont plus de 2 millions d’adhérents aux coopératives qui sont recensés. C’est dire toute la marge d’évolution dont le Maroc pourrait profiter. «L’économie sociale contribue à remédier à trois grands déséquilibres sur le marché de l'emploi : le chômage, l'instabilité des emplois et l'exclusion des chômeurs de la vie sociale et de l'emploi», insiste pour sa part Chakib Benmoussa, président du Conseil économique et social.

 

L’économie sociale pourrait donc indéniablement jouer un rôle clé dans l'économie marocaine, «en combinant la profitabilité et la solidarité», ajoute Benmoussa. En créant des emplois de qualité, elle contribue également à la cohésion du tissu social et économique. De plus, les quelques expériences tentées jusque là prouvent que c’est aussi un outil pour l’intégration des femmes dans le marché du travail. En effet, «on constate une présence significative de la femme, avec notamment 1.255 coopératives féminines qui encadrent 25.740 adhérentes», rapporte Mohamed Mahdad, chef de la Division des études au sein du ministère des Affaires générales.

Il reste maintenant à militer pour le développement de cet outil efficace pour répondre aux problématiques de l’emploi. À ce titre, les pouvoirs publics semblent en avoir conscience et ont élaboré une stratégie visant à l’accompagnement de l’économie solidaire. Dans un premier temps, cette stratégie aspire à ouvrir les marchés aux acteurs de ce secteur. En d’autres termes, l’État considère que c’est en multipliant les réseaux de distribution et de promotion des produits de ce secteur que l’on arrivera à le développer et partant à créer davantage d’emplois.

 

Dans ce sens, il est question, entre autres, d’organisation de salons pour les produits de l’économie sociale et solidaire aux niveaux national et régional, de capitaliser sur la création d’une plateforme du commerce équitable, ainsi que de la promotion des produits de l’économie sociale et solidaire auprès des entreprises. En outre, la stratégie nationale prévoit des actions touchant directement à la valorisation des produits, particulièrement l’amélioration du packaging des produits de l’économie sociale et la mise en place de labels de produits de l’économie sociale et solidaire.

 

Néanmoins, force est de souligner que pour les experts, des actions sur le niveau juridique sont essentielles afin que l’ensemble des actions d’accompagnement prévues donnent leurs fruits. C’est d’ailleurs dans ce sens que l’État a promis la révision du cadre juridique des coopératives, en vue d’alléger la procédure de création et d’instaurer de nouvelles règles de gouvernance, permettant une meilleure rentabilité.

 

Ceci devrait être accompagné par la mise en place d’un registre des coopératives, soit l’équivalent du registre de commerce, avant d’élaborer un cadre juridique pour l’entreprise sociale. Le ton est donc donné. Le gouvernement se penche sérieusement sur les modalités de développement de l’économie solidaire. Il faut dire qu’il en va là d’un des volets stratégiques sur lesquels s’est positionné Abdelillah Benkirane et son équipe, eux qui veulent que l’auto-entrepreneuriat soit l’alternative pour les jeunes en recherche d’emploi.


 

Mohamed Najib Guedira,
Directeur général de l'Agence de développement social.

«Le privé doit prendre le relais»

 

Les Échos quotidien : Comment peut-on décrire l’état de l’économie solidaire au Maroc ?
Mohamed Najib Guedira : L’économie solidaire est encore embryonnaire au Maroc. Nous avons certes des coopératives datant du protectorat. Depuis, leur création a été accélérée après l’indépendance mais cela rentrait plus dans le cadre de la réforme agraire. C’est ce qui explique d’ailleurs que la majorité des coopératives qui existent aujourd’hui le sont dans les secteurs agricole et artisanal. Il faut dire que la loi ne facilitait pas vraiment la création des coopératives.

 

 Désormais, nous avons une nouvelle loi. De plus, ce qui a vraiment changé c’est le climat puisque nous avons aujourd’hui un environnement politique et social qui encourage la coopérative. Ce qu’il faut, c’est dépoussiérer l’appareil juridique et il y a une volonté politique d’aller de l’avant. Nous constatons également de nouvelles organisations telle que celle du réseau marocain de l’économie solidaire avec lequel nous travaillons. Il s’agit donc aujourd’hui de réfléchir et tenter de propager les potentialités qui recèlent l’économie solidaire.

Quels peuvent en être les apports ?
Le premier apport est de pouvoir regrouper de petits producteurs qui, seuls, ne peuvent pas faire face à la concurrence du marché. Il s’agit également de regrouper des producteurs qui ne disposent pas forcément de compétences à même de leur permettre d’apporter réellement ce qu’il faut aux marchés. Il faut donc les accompagner afin de devenir plus visibles.
Par ailleurs, le contexte économique et social actuel appelle le monde à développer un nouveau modèle basé sur l’étique et la solidarité. Le capitalisme a certes été un facteur de développement important.

 

Cependant, les dérives que connaît l’économie mondiale en ce moment remettent sérieusement en cause l’équilibre des sociétés et nous avons constaté dans plusieurs pays l’aggravation des inégalités sociales ainsi que les menaces qui pèsent sur le devenir de la planète en général avec notamment l’épuisement des ressources naturelles. Des citoyens qui s’organisent pourraient contrer cela en apportant un nouveau mode de pensée. C’est donc un double enjeu dans l’économie solidaire : apporter des réponses aux individus et aux petites structures pour survivre aux grands groupes, mais aussi des alternatives des économies plurielles.

Peut-on dire qu’aujourd’hui la réponse aux problématiques de l’emploi se trouve dans l’économie solidaire ?
C’est clairement une réponse aux problématiques de l’emploi. Elle n’est pas la seule mais elle peut apporter un plus considérable. Il est en effet indéniable que les efforts de l’État ne peuvent à eux seuls répondre aux problèmes de l’emploi et ne peuvent plus absorber l’essentiel de la force de travail qui existe sur le marché. C’est donc le privé qui doit prendre le relais. À ce niveau, il y a le privé classique, mais aussi le privé que crée l’économie solidaire à l’instar des coopératives ou encore des plates-formes d’aide à l’investissement des jeunes. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas une seule réponse à l’emploi. On peut donc concevoir plusieurs logiques dans une approche plurielle (ndlr : Capitalistique et solidaire à la fois) Il faut également que nos jeunes soient conscients du fait que c’est à eux de prendre l’initiative et de penser aux lancements de projets. Certes, tous les projets ne peuvent être soutenus mais les efforts déployés dans ce sens ont déjà permis d'en lancer plusieurs.


 

Abderrahmane Tenkoul,
Président de l'Université Ibn Tofail de Kénitra.

«Il faudra des synergies entre les secteurs traditionnels et l’économie solidaire»

 

Les Échos quotidien : Comment l’économie solidaire peut répondre aux problématiques de l’emploi ?
Abderrahmane Tenkoul : Le problème de l’emploi est complexe et nous avons besoin de toutes les énergies de la société pour essayer d’apporter des réponses à l’employabilité. L’État mise sur les secteurs stratégiques qui peuvent générer des richesses, mais pour répondre à l’emploi il faut développer de nouveaux relais et de nouveaux chantiers axés sur la proximité et permettant au citoyen de devenir acteur du développement. Le problème n’est pas de créer de l’emploi mais surtout de le pérenniser pour en faire une richesse partagée.

 

 C’est dans cette voie que le Maroc doit aller. Il a aujourd’hui les moyens de développer cela en mettant en œuvre des synergies entres les secteurs privés et public, ainsi que tout ce qui relève de la culture de la citoyenneté. La société civile a également des responsabilités pour promouvoir les richesses du pays. C’est dans ce sens qu’intervient l’économie solidaire en inculquant une culture de partage des richesses et de pérennisation du développement
.
La convention signée entre votre université et le conseil économique et social va-t-elle dans ce sens ?
La convention signée avec le conseil économique et social vise à mettre en place les outils permettant d’avoir une meilleure connaissance des associations et coopératives qui sont sur le terrain. Il s’agit également d’avoir des données sur ce secteur prometteur afin d’en déterminer la typologie et mieux l’analyser. Tant qu’on n’a pas cette connaissance, il est très difficile pour les bailleurs de fonds et les institutions de l’État d’apporter l’appui nécessaire pour le développement des coopératives et associations.

 

Le rôle de l’universitaire est donc de créer un outil de travail comme cela s’est fait dans plusieurs autres pays. Sur le moyen terme, on souhaite créer des synergies entre les secteurs traditionnels et celui de l’économie solidaire, sans quoi on ne pourra pas capitaliser sur les richesses dont nous disposons.

Pourquoi ce n’est qu’aujourd’hui que l’intérêt est porté à l’économie solidaire ?
C’est un secteur qui existe déjà depuis plusieurs années. Ce n’est qu’aujourd’hui que nous commençons à en sentir les bienfaits, ce qui donne encore plus d’importance à ce domaine. N’oublions pas non plus que le Maroc vient de se doter de nouvelles institutions telles que le conseil économique et social et le lancement d’initiatives à l’image de l’INDH. Il s’agit donc aujourd’hui de mieux communiquer autour de l’économie solidaire pour mieux la banaliser et l’orienter vers les besoins de l’économie.

 

Cela passe dans un premier temps par les étudiants et c’est ce que nous tentons de faire en les sensibilisant autour des apports de ce secteur. L’université peut apporter l’accompagnement nécessaire, notamment via le montage des dossiers où les porteurs de petits projets ont souvent des difficultés. Les secteurs considérés comme stratégiques pour le royaume, tels que l’agriculture, l’énergie, le numérique... ont aujourd’hui besoin de relais sur le terrain et l’économie solidaire peut jouer ce rôle.


 

L’appel de Daoudi aux étudiants universitaires
Pour Lahcen Daoudi, le développement de l’économie solidaire passe également par le monde universitaire. Commentant la signature entre l’Univeristé Ibnou Tofaïl et le Conseil économique et social d’une convention de partenariat dans ce sens, il a en effet insisté sur la nécessité de faire de l’économie solidaire un outil fondamental au sein des activités de l’université. «C’est aux étudiants de se l’approprier, tant pour leurs études que pour les possibilités que leur offre l’Université d’initier leurs propres entreprises», a-t-il souligné. Pour lui, l’espace de l’université est par excellence celui de la création des intelligences et des richesses. À ce titre, il faut bannir toutes les formes de paresse susceptibles de donner à croire que tout est permis et que tout peut être acquis sans effort.

 
Source : les Echos.ma  Par Younes A.TANTAOUI   


Mohamed Rial



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