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Ouarzazate Survivals : Tourisme à l'agonie et d'hôtels en faillite


Jeudi 28 Mai 2015

A Ouarzazate, sur fond de tourisme à l'agonie et d'hôtels en faillite repris par les banques, une jeunesse est là et bien là. Dynamique, ambitieuse et fortement motivée. La jeunesse ouarzazie innove en activités, crée des web-radios, monte des groupes de musique, et les fait produire dans des festivals, sans ministre, sans gouverneur, sans caméras de télévision.



   L'invitation que m'a faite l'association Igrar a été pour moi l'occasion d'un plaisir à chaque fois renouvelé de retrouver Ouarzazate, les traces de mes aïeuls, les copains d'enfance, de gravir le col du Tichka. C'est aussi l'occasion de prendre le thé avec mon ami Abdeslam qui tient un commerce à la halte au sommet.
 
 Cette route est exceptionnelle, belle mais injustement incriminée. Il y a là plein de travaux en ce moment. Des engins de dimensions colossales sont à l'œuvre, dit on pour améliorer la circulation, et c'est tant mieux. Ils amélioreront peut être la route mais transforment certainement le paysage au dépens de la géographie, d'un pâturage ancestral sublime, non loin du col par exemple.
 
Espérons juste que ces portions de lignes droites nouvelles ne soient pas une incitation à plus de vitesse et par conséquent à plus de dangers et de drames.
Encore une fois, ce ne sont pas les routes qui tuent, mais l'usage que nous en faisons.
 
A Ouarzazate, sur fond de tourisme à l'agonie et d'hôtels en faillite repris par les banques, une jeunesse est là et bien là. Dynamique, ambitieuse et fortement motivée. La jeunesse ouarzazie innove en activités, crée des web-radios, monte des groupes de musique, et les fait produire dans des festivals, sans ministre, sans gouverneur, sans caméras de télévision.
 
Ici, l'artiste 3alla fait salle pleine ou plutôt espaces pleins, sans avoir de CD, ni de clip, sans passer à la radio ou à la télévision... Il est sur YouTube et il s'en accommode fort bien. Cela lui suffit... Ouarzazate est trop loin... Peut être. Cette jeunesse laissée pour compte est loin de se résigner à la fatalité et à l'abandon.
 
Ces jeunes sont justement conscients que eux et leur région sont les victimes de stratégies qui n'en portent que le nom, de visions plutôt aveugles, et de décisions mal inspirées, inadaptées, prises ailleurs.
Ces jeunes vous disent que le tourisme dans la région avait pour atouts la lumière fantastique, la chaleur exceptionnelle, les paysages de folie, le mode de vie ancestral, et l'architecture bien particulière.
 
Ces atouts n'agissent pas l'un sans l'autre. Ils s'imbriquent et sont aussi indispensables l'un pour l'autre dans un continuum culturel des plus riches. Au vu de la pression touristique sur la région, à un moment donné, il a été pensé qu'avec des hôtels de plus en plus grands et des chambres de plus en plus nombreuses et bien équipées, avec un aéroport agrandi et modernisé, on allait développer le tourisme et en faire la richesse de la région.
 
Aujourd'hui, l'aéroport est certes là mais avec très peu de trafic. Les hôtels, bien que portant de jolis noms, sont quasiment vides. Si la lumière n'a pas déserté et la chaleur non plus, le mode de vie particulier n'est plus. Petit à petit les traditions sont en train de laisser place à un mode de vie, vraie mauvaise copie de ce qu'il en est ailleurs.
 
L'architecture traditionnelle a laissé place à une autre sans âme, sans relief. Une architecture qui n'a de l'ancienne que la couleur et quelle couleur. Même là, la copie n'est pas réussie. A côté de cette ville qui a poussé sans contrôle, les kasbahs sont en ruine et le mode de vie avec. Ahouach n'est plus Ahouach et les fêtes ne sont plus les mêmes. Même le moussem de Sidi Daoud n'est plus ou presque. En fait on a développé les outils du tourisme et négligé le fond de commerce.

Les jeunes de Ouarzazate sont bien conscients des causes de cette évolution négative du tourisme dans la région. Ils tentent de l'expliquer à qui veut les entendre. Ils entreprennent de sauver leur environnement géographique et culturel. Ils tentent surtout de rétablir le mode de vie dénaturé, en réhabilitant et en faisant vivre les vestiges de la région comme la Kasbah de Taourirt, naguère demeure somptueuse.
 
Ils essayent de relancer certains métiers disparus comme la poterie par exemple. La poterie dont on a détruit l'écosystème. A Taourit, les Tastifts l'exerçaient dans des grottes aujourd'hui enfouies sous le béton. Alors ils essayent de refaire vivre Igrar. Un Igrar qu'ils n'ont pourtant jamais vu.
 
Ils rêvent d'un monde aux couleurs de l'arc en ciel, pour le bien de la région et du pays. Ils se projettent dans l'universel. Réussiront-ils leur pari fou, celui de rattraper le temps ? C'est tous ce qu'on leur souhaite. Mais cela est autre paire de manches.
 
Source : http://www.huffpostmaghreb.com
par Aziz Daouda
 

Mohamed Rial



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